Le Tissage de Tapis : Un Héritage Tissé de Passion
Dans le silence des maisons de Ksar Ghardaïa, Béni Isguene, Eleuteuf, Bounoura, Melika et Daia, des mains habiles s’activent sur les métiers à tisser, donnant naissance à des tapis qui racontent bien plus qu’une simple histoire de fil et de laine. Ce sont les mains de femmes artisanes, de véritables fées, qui, avec une patience infinie, insufflent leur âme et leur savoir dans chaque motif, chaque couleur, chaque entrelacement.
Une Tradition Ancestrale, un Héritage de Mère en Fille
Le tissage du tapis à Ghardaïa est un art séculaire qui se transmet de génération en génération.
Ce savoir-faire, né d’un besoin de confort et de décoration, est bien plus qu’un métier, c’est une expression de l’identité culturelle et de la mémoire collective des femmes mozabites.
Dans chaque foyer, les mères enseignent à leurs filles l’art délicat du tissage, et comment donner vie à des motifs symboliques. Ces motifs, loin d’être de simples ornements, sont des messages codés, des récits de vie, des prières silencieuses tissées avec minutie et amour.
Le tapis de Ghardaïa se distingue par ses motifs géométriques et ses couleurs. Chaque détail est le fruit d’une réflexion, d’une créativité qui puise dans l’histoire de la région et les croyances locales.
Les formes symbolisent les lits, les coffres et les longs colliers des nouvelles mariées, tandis que les crochets représentent les outils utilisés pour la préparation, le découpage et le tissage de la laine, et les bougies, au nombre de 5 ou de 10, les Ksours emblématiques de Ghardaïa. Ainsi, chaque tapis est une page d’histoire, un parchemin silencieux où se lit l’âme de celles qui l’ont tissé.

Les autres trésors du tissage Algérien
Si le tapis de Ghardaïa est un joyau à part entière, d'autres styles de tapis reflètent également la diversité et la richesse de l’artisanat algérien. On retrouve ainsi le tapis de Babar, originaire de Khenchela, les tapis d’Aflou et du Djebel Amour, celui de Timimoun dans le Gourara, de El Menia, ou encore le tapis d’Aït Hichem en Kabylie, et bien d’autres merveilles que le pays a à offrir.
Tous ces tapis, d’une grande authenticité, sont noués à la main. Selon les artisanes, les techniques peuvent varier, notamment dans la densité des nœuds ou les finitions des bordures. Souvent ornés de figures géométriques et de teintes naturelles, ils sont riches en symboles. Les formes triangulaires évoquent les dunes du désert, les losanges symbolisent la protection et la fécondité, tandis que les lignes entrecroisées rappellent les chemins de la vie et les liens indéfectibles entre les générations. Beaucoup de ces tapis traduisent aussi le mode de vie nomade ou montagnard de leurs créateurs.
L’histoire du tissage en Algérie a aussi été marquée par la rencontre avec d’autres cultures. Les Sœurs, missionnaires installées dans certaines régions du pays, dans son époque coloniale, ont introduit de nouvelles techniques de tissage et de teinture, enrichissant encore cet art ancestral. Grâce à ces échanges, certains motifs et méthodes de fabrication ont évolué, tout en conservant l’authenticité et l’âme des tapis traditionnels.
Sauvegarder un patrimoine en péril
Aujourd’hui alors que de nombreux savoir-faire traditionnels sont menacé de disparaitre, certaines femmes artisanes, gardiennes de cet art, refusent de voir leur héritage s’éteindre. Elles portent un message fort : préserver, réhabiliter et valoriser ces merveilles artisanales en les adaptant aux réalités modernes.
Lors de notre voyage à Ghardaïa, nous avons eu l’honneur et le privilège de rencontrer certaines tisserandes artisanes, qui nous ont reçues avec authenticité, sobriété et chaleur. Le temps de quelques minutes d’échange, elles nous ont transmis cet amour profond du tissage, une passion ancrée dans leurs gestes, leurs regards, leur silence aussi. Depuis, nous ne voyons plus les tapis de la même manière, ils ne sont plus de simples objets décoratifs, mais des œuvres vivantes, tissées de mémoire, de patience et d’héritage.
Nous avons également eu le privilège de rencontrer, Messaouda de El Menia une femme remarquable. Plus qu’une simple tisserande, elle est une véritable entrepreneure qui a choisi de consacrer sa vie à la transmission d’un savoir-faire hérité de ses ancêtres. Animée d’une bienveillance rare et d’une ouverture d’esprit qui force le respect, Messaouda a su faire de son atelier un lieu de rencontre et de partage. Elle défend avec conviction l’authenticité de son art, en s’assurant que chaque étape de création, de la laine filée aux teintures végétales, reste 100 % naturelle. Pour elle, préserver l’essence même du tissage, c’est aussi protéger la terre qui lui fournit ses matières, et honorer les générations de femmes qui ont tissé avant elle. Son engagement dépasse ainsi la simple production, il s’agit d’une mission de préservation, de transmission et d’éducation, au service d’un patrimoine qui continue de vivre grâce à elle.
D’autres femmes tisserandes passionnées, comme Amina, fonts rayonner ce patrimoine en puisant dans les techniques ancestrales qu’elle marie avec une esthétique contemporaine. À travers ses créations d’objets du quotidien revisités.
Au-delà de la création, Amina joue un rôle essentiel dans la transmission du savoir. Elle forme des femmes dans les régions rurales d’Algérie et sensibilise les jeunes générations en organisant des ateliers de tissage en Algérie et ailleurs, tissant des liens entre tradition et modernité, entre mémoire et avenir.

L’Artisanat durable : Quand Tradition et Innovation se rencontrent
Aujourd’hui, un danger menace des trésors du patrimoine algérien, l’extinction progressive des tapis nomades, appelés hanbels ou Kelim/Klim, véritables témoins du mode de vie des peuples du désert. Face à l’industrialisation, à la raréfaction des matières premières naturelles et au désintérêt des jeunes générations, ces tapis risquent de disparaître à jamais.
Toutefois, plusieurs initiatives voient le jour, portées par des personnes engagées dans une démarche de sauvegarde et de réhabilitation.
C’est le cas de Djamila, une passionnée pour qui redonner vie à ces pièces, tout en respectant les traditions et l’environnement, est primordial. Issue d’une famille où le tissage de tapis, hanbels, tentures et coussins est une passion transmise de génération en génération, elle nous confie :
« Chaque tapis raconte une histoire, allant du précieux tapis nomade des hauts plateaux de Bou Saâda et M’Sila, jusqu’au majestueux tapis de Ghardaïa et El Goléa. Ces trésors, véritables témoins d’un mode de vie ancestral, sont aujourd’hui menacés de disparition.»
Face à ce constat, Djamila a choisi d’agir. Depuis 2016, la nécessité de sauver et réhabiliter le tapis nomade s’est imposée à elle comme une évidence. Elle a alors opté pour une démarche qui allie tradition et modernité : valoriser ce patrimoine socio-culturel inestimable par les techniques du recyclage. Selon elle « le recyclage permet non seulement de préserver le patrimoine, mais aussi de générer des retombées positives sur le plan économique, touristique et environnemental.»
Elle exprime son art et sa créativité en transformant les Hanbel/Kelim en sacs à main originaux, babouches traditionnelles, gilets, étuis à téléphone ou à lunettes, coussins, tabourets, pochettes… et autres accessoires ancrés dans le quotidien de la vie moderne.


Chaque pièce est unique, conçue à partir de tapis anciens soigneusement sélectionnés, nettoyés, réparés au besoin, et réassemblés à la main. Djamila accorde une attention particulière à l’authenticité des matières et des tapis, conçus de laine locale. Une laine d’une grande qualité et teinte à partir de pigments végétaux naturels comme la garance, l’indigo, ou encore le henné.
Le Hanbel, ce produit noble, très original et rare, n’est associé qu’à des matières tout aussi nobles, le cuir, le cuivre, le lin ou encore l’écru, dans une recherche d’harmonie, de raffinement et d’authenticité. Chaque association est pensée pour sublimer la richesse des motifs et des textures.
Chaque création raconte une histoire, prolonge la mémoire des ancêtres et fait résonner les valeurs d’un art en péril. « Le patrimoine est une ressource symbolique étroitement liée à la mémoire et à l’identité. Il représente aussi un levier économique et un support précieux pour les échanges entre les cultures et les générations ».
Messaouda, les tisserandes de Ghardaïa, Djamila, Amina, ainsi que bien d’autres femmes tisserandes, sont les gardiennes d’une mémoire et les ambassadrices de cet art. Elles rappellent que derrière chaque objet tissé, chaque fibre, se cache une histoire, un savoir-faire, une identité à protéger et à célébrer.

Un métier d’âme et de cœur
Tisser, pour ces femmes, n’est pas un simple travail. C’est une offrande, un acte de générosité et d’humilité. Chaque tapis porte en lui des heures de patience, des jours de labeur silencieux, mais aussi une fierté ancestrale. Ces artisanes aux âmes d’ange ne tissent pas seulement des tapis, elles tissent des liens entre le passé et le présent, entre leur histoire et celles de ceux qui auront le privilège d’acquérir ces œuvres d’art. À travers leurs mains expertes, des gestes anciens reprennent vie, se réinventent et s’inscrivent dans le présent.
Un Appel à la (Re)découverte et au soutien
Préserver l’art du tissage algérien, c’est honorer la patience, la créativité et la générosité de ces femmes exceptionnelles. C’est reconnaître la richesse d’un patrimoine tissé de passion et d’histoire.
Chez UniversArt, nous nous engageons à mettre en lumière ces artisanes et leurs œuvres, en vous proposant des tapis authentiques, porteurs d’âme et de tradition. En choisissant un tapis tissé à la main, vous ne faites pas simplement l’acquisition d’un objet d’exception, vous participez à la sauvegarde d’un héritage séculaire.
Découvrez notre collection et laissez-vous transporter par la magie du tissage nomade.
Parce que chaque fil raconte une histoire… et que cette histoire mérite d’être préservée.